mercredi 15 février 2017

George Awde

"Paths Within Edges"    La grande ville, surtout quand elle s’étend sans vrai contrôle, comme Beyrouth, peut vite étourdir par le vertige de ses tours, le bruit de ses avenues, la densité de ses foules. Même s’il photographie au cœur d’une métropole du Proche-Orient, ce n’est pas cette image de la ville que George Awde veut transmettre. Jusqu’entre les gratte-ciels, dans les gravats de chantiers semi-abandonnés, brille une lumière jeune, chaste, une lumière de premier matin du monde.  Souvent, la scène est juste après la pluie, comme si l’orage avait purifié Babel. Des fleurs fragiles poussent dans les failles du béton. Les enfants et les jeunes hommes syriens qui peuplent ces images semblent eux aussi appartenir à un monde neuf, qui rappelle étrangement la belle relecture contemporaine des Métamorphoses d’Ovide par Christophe Honoré. Leur demi-nudité, plus qu’un appel au désir, dit l’éloignement des comédies sociales. Leur proximité, la tendresse qui les unit, dessinent l’utopie d’une communauté.  Au-delà de tous les mirages qui fascinent les sociétés “avancées”, Awde cherche un être-au-monde en son primesaut. C’est pourquoi le regard des sujets a chez lui quelque chose de grave et de profond, renvoyant à l’insignifiance la jovialité factice des portraits de magazines. Awde photographie des réfugiés, contraints de venir au Liban pour échapper à la guerre qui s’éternise dans la Syrie voisine. Mais il les respecte trop pour les réduire à leur statut politique, pour en faire les acteurs d’une scénographie nourrie de pathos. Awde restitue à ses modèles leur pleine dignité, leur singulière beauté. Ce qu’appelle leurs grands yeux sombres, ce n’est nullement notre pitié, avec son lot de condescendance et de bonne conscience, c’est notre fraternelle admiration. Guillaume de Sardes
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