mardi 21 mars 2017

National Portrait Gallery - Gilian Wearing & Claude Cahun, Behind the mask, another mask

"Gilian Wearing & Claude Cahun, Behind the mask, another mask-Claude Cahun et Gillian Wearing, des âmes sœurs" Faisant écho au Mois de l’histoire des femmes célébré de par le monde, la National Portrait Gallery de Londres vient d’ouvrir les portes de son exposition Behind a mask, another mask [derrière un masque, un autre masque], consacrée aux artistes Claude Cahun et Gillian Wearing. Née Lucy Schwob, Claude Cahun était une écrivaine et photographe française engagée, dont les pratiques artistiques polymorphes renversaient les notions conventionnelles de la féminité et de la subjectivité. Saluée par son pair surréaliste André Bréton comme « un des esprits les plus curieux » du XXe siècle, elle devra attendre la seconde vague de féminisme pour que son art visionnaire soit redécouvert. Ses travaux ont inspiré ceux de Gillian Wearing à tel point qu’on pourrait dire des deux femmes que ce sont des âmes sœurs. Née à Birmingham, la photographe Gillian Wearing est lauréate du Turner Prize et on l’associe volontiers au mouvement des Young British Artists, dont les œuvres visuelles et les installations ont gagné en reconnaissance dans le milieu des années 1990, pour leur approche participative de l’exploration du moi public et du moi privé. L’exposition se concentre cependant sur les autoportraits photographiques des deux artistes, soulignant clairement que, malgré les soixante-dix ans qui séparent leurs naissances, elles se sont toutes deux appuyées sur la photographie pour questionner les thèmes du genre et de l’identité, au travers de la mascarade et de la scène. Les images intimistes en noir et blanc de Claude Cahun, réalisées avec Marcel Moore, sa sœur par alliance et compagne, dépeignent l’artiste sous une pléthore de déguisements ambigus, du dandy parisien à un bouddha orientaliste – personnage androgyne masqué tel une poupée mystique – en passant par un haltérophile aux boucles en accroche-cœur, avec des tétons cousus sur son tee-shirt. En parallèle, la série monumentale de Gillian Wearing, Album, dévoile l’artiste britannique sous des masques de silicone, habillée comme certains membres de sa famille biologique tant que spirituelle, de sa mère à Diane Arbus ou Robert Mapplethorpe, formant un vaste réseau tissé de multiples personnages et alter ego.  L’exposition présente également l’œuvre centrale de Claude Cahun, Aveux non avenus, une anti-autobiographie qui se voulait comme une conceptualisation fondamentalement nouvelle du narcissisme. Les délicats photomontages du livre publié en 1925 jouent sur la métaphore des miroirs, des yeux, de masques et de membres sans corps, pour fracasser le “je” individuel et faire naître une profusion de “nous”. Au travers d’un cheminement méticuleux et recherché, l’exposition parvient à équilibrer ces œuvres résolument avant-gardistes, de petite taille et d’une grande beauté, avec les tirages grand format de Gillian Wearing. L’association joue indéniablement en faveur de Claude Cahun. Il est vrai que Gillian Wearing avait la même fascination pour l’autoportrait. Malgré tout, aussi influentes soient-elles et pour autant qu’elles aient amené des personnages ordinaires au sein du cadre afin de révéler la nature complexe de la subjectivité, ses œuvres participatives sont dépassées par l’interprétation rigoureuse de ce qui constitue “l’auto-image”. S’il avait été possible d’exposer ses travaux vidéo, teintés d’aveu, l’exposition aurait pu fouiller plus profondément derrière la mascarade de l’artiste. Cela dit, l’exposition vaut largement le détour, ne serait-ce que pour sa présentation dynamique de deux corpus d’œuvres phénoménaux. A voir jusqu'au 29 mai 2017
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