mercredi 7 juin 2017

Jasper de Beijer

"La Valise brésilienne"  fait le récit d’expéditions imaginaires en quête d’une civilisation perdue de l’Amazonie. L’œuvre mêle les recherches minutieuses, le récit fictionnalisé, les photographies mises en scène et la réalité virtuelle. La série développe les thèmes familiers de l’artiste hollandais que sont les interactions complexes du colonialisme, les « nobles sauvages », l’inévitable corruption et le mélange des cultures contraires. La Valise brésilienne consiste en trois ensembles distincts – des photos noir et blanc, des œuvres plus petites en couleur, et de grands paysages colorés, chacune des séries décrivant des évènements inventés qui se sont produits en 1926, 1979 et 2016. Au sein de cette intervalle de 90 ans, De Beijer se concentre sur la rencontre entre les explorateurs occidentaux et les autochtones de la jungle brésilienne, montrant comment les deux groupes projettent les uns sur les autres leurs craintes et leurs désirs, pour alimenter avec soin des mythes construits. Dans leur quête infinie pour percer le mystère d’une civilisation perdue, les membres de l’expédition laissent dans la forêt  un schéma tracé ; chaque objet concret, histoire, rituel ou habitude importé du monde occidental se retrouve en outre assimilé par la mythologie de la tribu. La mutation qui prend ainsi forme crée un écho déformé de la culture occidentale. La nature luxuriante finit par tout engloutir à mesure que la jungle efface la spécificité historique.  Se basant sur de nombreux rapports d’explorateurs, anthropologistes et réalisateurs de films documentaires, l’artiste utilise les photos et les vidéos de son voyage dans la forêt pluviale, qu’il combine avec des objets fabriqués dans son studio, des images générées par ordinateur et des archives de vraies expéditions. Dans La Valise brésilienne, l’aller-retour constant entre le « réel », touché par les mains de l’artiste, et l’imaginaire, créé via l’alchimie magique de l’ordinateur, un parallèle entre les décalages temporels conceptuels et les divisions culturelles.  De Beijer nous présente un mécanisme répété à l’infini, au sein duquel il est impossible d’échapper à son propre point de vue. La perception elle-même crée un angle mort, tandis que le besoin de regarder au-delà de soi devient une nécessité. Sans didactisme, l’œuvre riche de De Beijer offre une histoire poétique et énigmatique, qui reflète ce que nous pouvons trouver à n’importe quelle époque, mais notamment la nôtre, où les étiquettes et les origines s’avèrent des marqueurs ou des explications de plus en plus inutiles.
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