Il ne s’agit surtout pas d’une simple exposition. La
rétrospective de l’artiste iranienne intitulée "Towards the ineffable" (Vers le
sublime) Farideh Lashai qui s’est ouverte le 21 Novembre 2015 et qui est à voir jusqu'au 26 février 2016, au Musée d’Art
Contemporain de Téhéran (TMOCA), est un événement artistique et bien au-delà. Un symbole
peut-être du retour de la République islamique d’Iran dans le concert des
nations pour reprendre cette expression pompeuse et désuète. Les deux
conservateurs ont choisi d’associer des artistes iraniens et des artistes
occidentaux pour appréhender le parcours de l’artiste décédée en 2013 à 68 ans.
Pour illustrer ses filiations, ils ont notamment rassemblé des œuvres
marquantes de l’histoire de l’art en occident depuis 1880. Pour la première
fois depuis la révolution islamique de 1979, le musée d’art contemporain a
accueilli un conservateur étranger, Germano Celant, historien d’art et
directeur artistique de la Fondation Prada à Milan. Avec Faryar Javaherian,
architecte et conservatrice iranienne, ils ont retracé l’itinéraire d’une femme
«moderne» peintre, vidéaste qui a fait une synthèse entre l’art classique
persan et une vision plus contemporaine issue de l’art moderne. La deuxième
particularité et non des moindres de cette exposition est d’afficher dans un
univers largement dominé par des artistes masculins qu’ils soient occidentaux
ou iraniens à l’image de Nasser Assar, Sohrab Sepehri, ou Manoucher Yektai, une
femme artiste. Surtout, cette
rétrospective est l’occasion de voir des œuvres qui avaient disparu de la
surface de la terre depuis 1979. Bien avant qu’Abou Dhabi ou le Qatar ne
s’essayent à devenir des acteurs de la scène artistique à grand renfort de
partenariat prestigieux avec des musées, d’architectes à la mode et de millions
de dollars d’acquisitions, l’Iran par la volonté de sa dernière impératrice
avait assemblé une collection majeure. Elle était constituée de nombreuses
pièces significatives, retraçant l’histoire de l’art de 1880 aux années 1970.
Aujourd’hui encore, il s’agit tout simplement de la plus importante collection
sur cette période, plus de 1.500 œuvres dont 300 pièces d’art occidental, hors
d’Europe et des Etats Unis. Elle est estimée entre 2,5 et 3 milliards de
dollars! On y trouve, entre autre, des impressionnistes, de l’art moderne, du
pop art, de l’art américain d’après-guerre. Les œuvres sont signées par une
liste d’artistes qui donne le vertige: Munch, Degas, Van Gogh, Pissarro,
Renoir, Gauguin, Toulouse-Lautrec, Kandinsky, Braque, Picasso, Miró, Magritte,
Marc Chagall, Soulages, Francis Bacon, Richard Hamilton, Henry Moore pour les
Européens; Warhol, Lichtenstein, Rosenquist, Vasarely, Jackson Pollock, Rothko,
Jasper Johns pour les Américains. En 1979, tandis que le Shah et sa famille
sont chassés et contraints à l’exil par la révolution islamique, le personnel
du musée décroche à la hâte les pièces, et les cache. Elles deviennent
inaccessibles au public à l’arrivée des mollahs à la tête de l’Iran, enfermées
dans les sous-sols du musée, à peine protégées de la poussière. Certaines
étaient considérées comme «anti-islamique», d’autres comme «pornographiques»
comme La Classe de Danse de Degas ou les portraits de Francis Bacon. D’autres
encore étaient tout simplement des symboles honnis par le pouvoir théocratique,
de la culture occidentale, censurés comme les livres et la musique… La
collection avait été construite dans l’euphorie économique qui avait suivi le
boom des revenus pétroliers dans les années 1970. Tandis que le marché de
l’art, et singulièrement l’art moderne, subit alors lui aussi le choc
pétrolier, l’importante classe dirigeante iranienne, prospère, cultivée et
ouverte sur le monde, apprécie les artistes étrangers. Installé au cœur de la
capitale iranienne à Téhéran, le Musée d’Art Contemporain (TMOCA) a vu le jour
en 1977 sous l’impulsion de Farah Diba, l’épouse du dernier monarque d’Iran.
Elle a commencé à collectionner les artistes de son temps. Elle est alors
conseillée par diverses personnalités, des historiens d’art, le directeur de
l’époque de Sotheby’s ou encore le galeriste Ernst Beyerler. L’architecte
Kamran Diba, un cousin de Farah Pahlavi, a dessiné un bâtiment transposant des éléments de l’architecture
iranienne traditionnelle dans une architecture contemporaine. La collection est
restée en majeure partie invisible depuis 1979. De temps en temps quelques
œuvres étaient remontées des entrepôts pour être exposées au gré des aléas de
la politique iranienne de sa volonté de signifier une certaine ouverture… ou le
contraire. Entre 1997 et 2005, pendant le mandat de l’ancien président
réformateur Mohammad Khatami, les restrictions sur l’art ont été temporairement
assouplies, une première exposition de quelques œuvres avait été autorisée. A
nouveau en 2012, année des élections législatives, une petite partie de la collection
est à nouveau apparue. En 1994, un tableau du peintre Willem de Kooning "Woman
III" de 1952 a été échangé contre une édition du "Livre des rois" (The Houghton
Shahnameh) un ouvrage d’enluminures comprenant un poème de 50 000 couplets qui
raconte l’histoire des anciens rois de Perse, datant de la première moitié du
14ème siècle, qui appartenait à un homme
d’affaire américain David Geffen… Cet échange fut organisée dans des conditions
dignes d’un roman. La toile de de Kooning, évaluée arbitrairement à 20 millions
de dollars, fut remise à des commanditaires contre le précieux manuscrit sur le
tarmac d’une zone internationale de l’aéroport de Vienne, en Autriche. C’est
aussi une mauvaise affaire parfois. "Woman III" fut revendu en 2006 à New York
pour 137 millions de dollars! Cet échange incita en 2002, le Conseil des
gardiens de l’Iran a interdire la vente ou l’échange des œuvres du Musée d’art
Contemporain sous prétexte que le commerce des œuvres non islamiques et (ou)
pornographiques est un péché. Le musée possède de nombreux autres trésors. Il a
par exemple le plus grande toile de Jackson Pollock, Indian Red Ground,
comprenant plusieurs panneaux peints en 1950. Cette peinture immense, estimée à
près de 250 millions de dollars a été
prêtée au musée du Japon En 2012, pour une exposition célébrant le
centenaire de la naissance l’artiste américain. L’œuvre fut saisie par les
douanes lors de son retour en Iran. Le ministère de la culture devait de l’argent
aux douanes iraniennes… En octobre dernier, TMOCA a signé pour une exposition
hors des murs de 30 œuvres occidentales et 30 œuvres iraniennes. Encore une première
qui se déroulera à Berlin pour 3 mois en 2016. En 2017, cela sera au tour des
Etats Unis d’accueillir au Smithsonian à Washington, une partie de la
collection. Elle semble cette fois définitivement sortie de l’oubli.
Je vous ai mis le site




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