mardi 30 mai 2017

Un été au Havre 2017





A l'attention d'Alain B.
Le temps de la saison estivale, Le Havre organise son festival d'art réparti dans toute la cité portuaire. Quatre mois de festivités, au service d'une ancienne ville martyre qui célèbre cette année les 500 ans de sa fondation et, plus largement, sa renaissance depuis les destructions connues durant la seconde Guerre Mondiale. Outre la nomination de son maire à la tête du Gouvernement, vous risquez de continuer à entendre parler du Havre. 2017 est et sera donc l'année de la ville aux mille cheminées, dont l'histoire commence à La Renaissance avant de connaître les affres de la seconde Guerre Mondiale et le triste sort réservé aux villes militaires françaises. Le Havre, LH pour les intimes, s'en retrouve largement bombardée et amputée d'une grande partie de son territoire. Pas moins de 133 hectares partent en poussière. C'était sans compter sur l'intervention d'Auguste Perret de 1945 à 1965 qui en fait un terrain d'expérimentions constructif et urbain. L'architecte façonne alors une grande partie du Havre d'aujourd'hui, avec son plan orthonormé, ses barres et ses tours d'échelle réduite en béton armé. Longtemps mal-aimée pour ses édifices grisâtres, la cité portuaire est finalement classée en 2005 au Patrimoine mondiale de l'Unesco, permettant au Havre de prendre enfin sa revanche sur l'Histoire.  Le festival "Un été au Havre", sous la houlette de Jean Blaise –plus connu pour la réalisation du Voyage à Nantes, offre ainsi l'opportunité d'arpenter la ville au travers de quatre parcours jalonnés d'œuvres artistiques et architecturales, dont le point de ralliement est le Volcan, réalisé par le Brésilien Oscar Niemeyer en 1982. Une opportunité unique de voir la porte Océance sous un jour nouveau, à travers une multitude d'interventions, comme Altoviseur de l'artiste Julien Berthier, un rétroviseur cabossé géant de 7,5 mètres par 2,3 positionné au-dessus de la gare. Ce miroir déformé permet d'offrir un point de vue nouveau sur la ville « car souvent, voir la skyline est vue comme un privilège de gens aisés », livre son auteur. Le visiteur découvre ainsi un panorama inédit sur les toits et le grand large. Éric Baudet, directeur de la communication de l'Office du tourisme et grand connaisseur de sa ville, ajoute qu'en 1944, après les bombardements, depuis ce même point de vue on voyait la plage - aujourd'hui insoupçonnable ! Ce même front de mer est par ailleurs l'endroit choisi par les Suisses Sabina Lang et Daniel Baumann pour installer UP#3, une arche blanche en bois monumentale qui devait originellement être positionnée sur le toit d'un bâtiment Perret, finalement jugé trop petit par le duo. Face à l'océan, le MuMa, musée d'art moderne coiffé d'un paralume en aluminium de Jean Prouvé, présente une rétrospective consacrée aux photographies retouchées à la main du couple Pierre et Gilles, dont l'un est natif de la région. Plus loin, entre intervention artistique et urbaine, le gigantisme de l'œuvre de Vincent Ganivet, croisement de deux arches monumentales de 36 containers colorés, Love Love, rend un hommage évident à l'histoire portuaire et industrielle du Havre.  Le festival est également l'occasion de réinventer le patrimoine bâti de LH, avec une installation aérienne Accumulation of power de Chiharu Shiota, composée de fils rouges tendus entre des arceaux, disposées sous le cloché de l'église Saint-Joseph réalisée par Auguste Perret. Plus au nord de la ville, la friche du Fort de Tourneville, lieu d'exposition, de concerts et de flânerie ouvert 7/7 jours, est réinvestie par les architectes Bettinger-Desplanques et les collectifs le Bruit du Frigo et ETC, qui y ont créé une halle multi-usage, un jardin et une bergerie.   L'événement qui fait rimer architecture, urbanisme, industrie et art, prendra fin le 8 octobre, date anniversaire de la fondation de la ville par François 1er en 1517. Enfin, finissons sur ces quelques lignes de la chanson de la chanteuse Catherine Ringer, ex Rita Mitsouko, spécialement composée à cette occasion : "Quand tu y arrives tu as un peu peur / Puis quand tu en pars tu pleures".
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